mardi 22 décembre 2015

Triptyque du (sus)Pendu

J'ai constaté dans ma vie personnelle, surtout dans mes années de jeunesse, une attirance pour la perfection.
Puis au cours de mon exercice professionnel à l'hôpital, j'ai observé chez les patients une obsession pour la perfection. Cette quête de la perfection engendre angoisse et malaise.
La perfection est un leurre, un mirage que l'on ne peut atteindre, et qui développe chez le sujet insatisfaction, dévalorisation et dépression.

J'ai décidé dans mon travail de peintre, de prendre le contre-pied de la perfection. D'orienter mon travail sur trois thèmes de recherche : l'inachevé, l'incertitude, l'imperfection.

                                                                 l'inachevé

                                                               l'incertitude

                                                 l'imperfection, la vie quoi !


(sus)pendu à tes lèvres
je bois tes paroles
sur tes lèvres
je lis
je t'incorpore, tu m'incorpores
phagocyte...
amibe du désir
méiose du couple
mitose de la fusion
je suis pendu à toi !

                                                      Triptyque du (sus)Pendu

Jean-Louis Aguilar-Anton / Peintre-Photographe / Art'Blogueur

jeudi 17 décembre 2015

EXPLORING RECOVERY THROUGH ART


"Il ya une fissure dans tout,

voilà comment la lumière se met en ".

Leonard Cohen.


Ce projet a été réalisé avec douze participants du Programme Chrysalis à Kingston, en Ontario, sur une période de 4 semaines. Suite à une des réunions deux du groupe, un consensus a été atteint sur le thème (la nécessité pour les fissures de croissance), les médias à être utilisés (ventilés carreaux mosaïques et des installations de l'ombre), et le site (un magasin vide sur la rue Princesse).

Le travail a été fait dans une pièce de groupe transformé en un atelier pour la durée du projet. Chaque participant a créé une ou deux pièces et certains contribué images ainsi.

L'installation d'une ombre et une mosaïque plus grande étaient projets communaux.

Après l'ouverture, le spectacle a été accueilli au cours des deux prochaines fins de semaine avec beaucoup de commentaires positifs.




Pierre LEICHNER 2013

mercredi 16 décembre 2015

Nature et âme : projet pancanadien de médiation culturelle


Nature et Âme
C’est le mariage de l’âme avec la Nature qui …donne naissance à l’imagination.
Henry David Thoreau

Ce projet en médiation culturelle est née grâce a une subvention de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF). Trois projets furent choisis. Nature et Âme fut la contribution de l’Ouest. Un travail en dance avec des écoliers en Ontario et un de poésie avec des adolescents au Nouveau Brunswick furent créés en tout. En réponse à un appel à la communauté francophone de Vancouver et Surrey, sept participants sont venus et c’est parmi eux que le groupe des cinq artistes c’est consolidé. Après avoir choisi le thème spécifique a notre communauté : Nature et Âme, le groupe décida la méthode d’expression. Le groupe voulut que cela soit une installation qui puisse être vue à plusieurs reprises donc transportable avec une partie participative pour le public. Vu l’échéancier et nos disponibilités l’idée de modifier une tente de festival fut adoptée. Nous allions créer un genre de petit labyrinthe a l’intérieure avec des parois de tissues adapter par chaque artistes et avec une paroi vide et transparente sur laquelle le public pourrait créer. Une bande sonore augmenterait l’expérience immersive. La suite fut plusieurs rencontres de travail dans mon atelier pour installer et créer les parois.

Notre première sortie en public fut lors de la fête de la St Jean Baptiste a la Canada Place a Vancouver. Notre sortie suivante fut lors du Festival des Indes. Des milliers de spectateurs l’ont vue et des dizaines participèrent. Notre dernière sortie à Vancouver fut lors du Pic-Nic des résidents permanents organisé par le Programme Immigration Francophone. Une cinquantaine de personnes, adultes et enfants y on participait. Finalement, la structure avec la bande sonore fut intégrée dans une performance multidisciplinaire et participative en collaboration avec le poète Jonathan Roy et la chorégraphe Anik Bouvrette lors du congrès annuel de la FCCF a Moncton.
La vidéo de Nature et Âme fut produite par Darren Heroux.

Nature and Soul
It is the marriage of the soul with Nature that …gives birth to imagination.
Henry David Thoreau
This project in socially engaged art was made possible by a grant from the Fédération culturelle canadienne-française (FCCF). Three projects were chosen. Nature and Soul was the project from the West, a dance project with school children in Ontario and a poetry work with adolescents in New Brunswick . In response to a call to the francophone community in Vancouver and Surrey seven participants responded and five became the committed artistes. After having chosen the specific theme: Nature and Soul, the group chose the means of expression. The group wanted the installation to be seen on multiple occasions and to include a participative component for the public. We decided to modify a party tent.

Each artist created a panel inside the tent creating a labyrinth and a transparent panel for the public to paint on. A sound tract was added for an immersive experience. Following several workshops in my studio, our first show was at the St Jean Baptiste Festival at the Canada Place in Vancouver. Next, we were at the Festival of India where thousands of spectators saw the work and dozens participated. Our last outing in Vancouver was for the Pic-Nic of the permanents residents organized by the Francophone Immigration Program. Fifty people, adults and children participated. Finally, the installation and its sound tract was integrated in a participative performance in collaboration with the poet Jonathan Roy and the choreograph Anik Bouvrette during the annual conference of the FCCF in Moncton.
Darren Heroux produced the video on Nature and Soul.

Pierre Leichner © 2013

La RALLONGE, pour une correspondance exquise !

PROJET

La Rallonge est une expérience menée à Toulouse depuis juin 2014 ayant pour but de créer une oeuvre collective entre réalisateurs de cinéma et duos de musiciens improvisateurs. Ce dispositif s'inspire du cadavre exquis et a pour but d'interroger la notion d'inconscient collectif.
Protocole
Il s'agit de proposer à un duo de musiciens d'improviser sur un court métrage de 3mn. Cette émanation musicale immédiate constituera un prolongement de la séquence vidéo, une réponse, un commentaire s'en inspirant directement. Cette bande sonore est ensuite envoyée à un autre réalisateur qui devra observer la même contrainte : s'inspirer de cette missive, la considérer comme une lettre que l'on reçoit personnellement pour créer un court métrage de 3mn, donc un nouveau prolongement... Cette dernière vidéo donnera lieu à un nouvel enregistrement avec deux nouveaux musiciens... et ainsi de suite....
En perpétuel mouvement, ce projet se propose de créer une chaîne mêlant des artistes ne se connaissant pas. Chaque mois le site se voit agrémenter de nouvelles productions émanant d'artistes venus d'horizons différents.
Inconscient collectif
L'objectif de ce site est d'apprécier le niveau d’interaction entre les différentes œuvres et leur esthétique. Vous êtes invité à apprécier un dispositif à la fois simple et surprenant. En effet, il ne s'agit pas simplement de visionner une série de courts métrages mais bien de se confronter à une expérience polyphonique, polymorphe... L'objectif est que le spectateur ne reparte pas avec le souvenir d'un film mais avec celui d'une rallonge, d'une série de mutation d'émotions qui n'ont pas de connexions logiques entre elles, une sensation d'un ensemble difforme, le résultat esthétique finale ne faisant référence à rien de nommable.
Il faut considérer chaque film et chaque B.O. comme une surprise en soi!

lundi 23 novembre 2015

MEDIATION CULTURELLE / NATURE ET AME de Pierre LEICHNER / CELLULE DE VANCOUVER

Billet de Pierre Leichner en collaboration avec la Fédération culturelle canadienne-française

C’est le mariage de l’âme avec la Nature qui …donne naissance à l’imagination.
Henry David Thoreau.

 En opposition à l’aspect non démocratique et intellectuellement élitiste d’une grande partie de l’art visuel contemporain, je fus attiré par la pratique en médiation culturelle après avoir terminé ma maîtrise en beaux-arts. Selon moi, l’art a perdu sa place comme moyen de comprendre et découvrir à travers sa lentille des différentes disciplines comme la science. Les pratiques en médiation culturelle sont, ce que je considère, des techniques efficaces de renouveler une connexion avec le grand public de tous les âges.

Il existe un continuum dans cette pratique où le degré de direction que l’artiste donne aux participants peut varier. La somme de tout ceci m’a amené à créer une œuvre collaborative avec des participants c’est donc ainsi qu’est né Nature et Âme. Il n’y a pas eu de thèmes définis ni de méthodes d’expression décidées. A priori, un appel à venir créer ensemble.

Le projet de médiation culturelle de la cellule de Vancouver a pris forme en une installation immersive et participative qui a été construite dans l’espace de deux mois par plusieurs citoyens et artistes de la Colombie-Britannique, et présentée à des événements communautaires. Au total : un peu plus de mille visiteurs l’ont vue et des dizaines y ont contribué.

Un premier appel fut lancé à la communauté haïtienne de Surrey où avec quelques participants nous a permis de choisir un thème spécifique à notre communauté. Ensuite, un appel plus large fut adressé à la communauté francophone de Vancouver qui a permis de mettre en place un atelier de collaboration d’expression visuelle sur le thème. Cet atelier a donné lieu à une consolidation des participants et d’artistes qui ont pu décider de la méthode d’expression du projet : une installation transportable qui puisse être vue à plusieurs reprises en plus de permettre au public d’interagir. L’installation s’est concrétisée en un mini-labyrinthe composé de parois en tissus adaptés par et pour chacun des artistes ainsi qu’une paroi destinée au public sur laquelle  il est invité à créer.

Nature et Âme a eu sa première sortie en public lors de la fête de la St-Jean Baptiste au Canada Place à Vancouver. Bien qu’incomplète, cette exposition a été un succès grâce à la participation du public. Des améliorations ont été apportées à la seconde présentation qui a eu lieu au Festival des Indes : ce qui était particulièrement intéressant fut les éléments d’une bande sonore et d’un poème installé par chacun des artistes afin d’augmenter l’aspect immersif de l’installation.

Cette expérience artistique m’a fait réaliser que la médiation culturelle est une approche enrichissante : je me retrouve devant la spontanéité et la nouveauté.  Le défi est de maintenir une qualité esthétique acceptable dans les délais de temps et les moyens imposés.

 La Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) est un organisme national dont la mission est de promouvoir l’expression artistique et culturelle des communautés francophones et acadiennes. Elle réunit des représentants de sept regroupements nationaux en théâtre, en littérature, en chanson-musique, en arts médiatiques et en arts visuels, ainsi que 13 organismes œuvrant au développement culturel et artistique de onze provinces et territoires du Canada, un regroupement de réseau de diffusion et une alliance de radios communautaires. La FCCF est membre de la Coalition canadienne des arts, de la Coalition pour la diversité culturelle, et de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada. Pour de plus amples renseignements sur la Fédération, consultez le www.fccf.ca

 FCCF : http://fccf.ca/blogue_artistique/
               http://www.fccf.ca/

dimanche 15 novembre 2015

Un “Dictionnaire de la photographie” pour y voir plus clair

par Joséphine Bindé / Mis à jour le 12/11/2015 à 16h15.

Spécialiste de l'histoire de la photographie, Nathalie Herschdorfer publie un ouvrage conçu pour répondre aux interrogations des amateurs de photo. A l'occasion du Paris Photo 2015, elle a répondu aux questions de “Télérama”.

                                 Jan Saudek /  The slavic girl with her father 1998

Couverture brillante, trois cents illustrations sur papier luxueux : ce nouveau Dictionnaire de la photographie, publié le 12 novembre aux Editions de La Martinière, se déguste comme un beau livre. Pendant plus de dix ans, cent cinquante experts ont planché sur le projet, sous la houlette de Nathalie Herschdorfer. Directrice du musée des beaux-arts de Locle en Suisse, cette historienne de l’art spécialisée en photographie a organisé de nombreuses expositions dont « Faire face : la mort du portrait ». Photographes, procédés, genres : de A à Z, elle revient sur le passé de la photo, histoire, à l’ère du numérique, de ne pas oublier l’essentiel.

Pourquoi publier un dictionnaire de la photographie, sachant qu’il en existe déjà plusieurs ?

Il existe beaucoup de livres qui couvrent l’histoire de la photographie, mais très peu de dictionnaires. Pour moi, il y a surtout le Larousse [Dictionnaire mondial de la photographie, des origines à nos jours, ndlr], édité en 1996. Suite à sa parution, j’ai discuté avec un éditeur anglais qui m’a dit que cet ouvrage n’avait pas vraiment d’équivalent en langue anglaise.
C’est à ce moment-là que j’ai décidé de faire ce livre, d’abord en anglais chez Thames and Hudson, puis en français aux Editions de La Martinière. Le projet, qui a débuté en 1998, a été mis de côté puis relancé en 2010. L’idée de repenser l’histoire de la photographie, de faire ce travail de sélection des noms, des procédés, des mouvements, était très intéressante pour moi.

                                            Frank Eugène / Adam and Eve 1910

 Aujourd’hui, face aux ressources illimitées d’Internet, publier un dictionnaire imprimé est un vrai défi. En photographie, avons-nous besoin de retrouver ce rapport à l’objet (que ce soit le tirage, l’album ou le livre) ?

Dans les années 90, on a eu très peur : avec le développement d’Internet, on parlait de la mort de la photographie. J’avoue avoir eu un doute sur le fait de sortir un ouvrage papier. Mais au début des années 2000, un marché s’est mis en place, avec notamment le succès de Paris Photo. Aujourd’hui, on s’aperçoit que les livres de photo se vendent bien : on est tellement sur nos écrans qu’on a envie de retrouver le plaisir de l’objet.
Notre projet s’est donc transformé en réaction au numérique : ce qui devait être un petit ouvrage de poche est devenu un gros dictionnaire de quatre cent cinquante pages, avec trois cents illustrations, qui permet de se promener d’une autre manière que sur Internet. Face à ce contenu illimité à portée de clic, on a dû faire le tri : pour chaque entrée, il fallait fournir une information qui soit la plus courte et surtout la plus précise et « scientifique » possible, vérifiée par des chercheurs. Ensuite, le lecteur peut toujours approfondir un point en cherchant sur Internet.

 
                            Zwelethu Mthethwa / Untitled tiré de la série Interior 2000

 Quelle place a la photographie en tant qu’art dans cette profusion d’images ? Ce dictionnaire exprime-t-il le besoin de revenir aux fondamentaux ?
 
Internet et Instagram sont des outils extraordinaires. Mais au quotidien, on est submergés, parfois même agressés, par ce flot d’images. Les photographes professionnels nous apportent quelque chose en plus, une réflexion, une volonté de nous faire réagir. Ils doivent nous aider à mieux lire et absorber toutes ces images. Avec le numérique, ces dernières disparaissent aussi vite qu’elles apparaissent. Mais certaines restent en nous, nous habitent et influencent notre manière de penser la photographie.
En 2015, à l’ère du selfie, il est important de rappeler et de préserver cette histoire, en reprenant les images du passé. Et aussi de mettre de l’ordre dans ce qui nous entoure. Pour ce dictionnaire, il fallait se limiter à mille deux cents notices, ce qui nous a obligés à réfléchir : que faut-il garder ? Qui, par sa vision, a construit, influencé les photographes d’aujourd’hui ?

                       Jack Delano / At the bus station in Durham, North Carolina 1940

Alors même qu’on baigne dans les images, on parle d’une crise de la photographie. Quels sont les enjeux de la photo aujourd’hui et comment voyez-vous son avenir ?

Aujourd’hui, on pourrait croire qu’on n’a plus besoin de professionnels, puisque, lors d’un tsunami par exemple, tout le monde poste sa photo. Les photographes doivent se positionner par rapport à ces images, réfléchir à ce qu’ils nous apportent, affirmer un tirage, penser une exposition, un accrochage… Vivre de la photographie reste difficile pour beaucoup d’entre eux. Mais en affirmant un regard qui sort du lot, ils demeurent indispensables.
Ce que j’attends de la photographie, c’est qu’elle donne du sens. Je pense vraiment que les photographes peuvent nous aider à mieux digérer toutes ces images qui nous entourent. Mon souci, dans ce monde virtuel, c’est aussi que les images qui le méritent soient préservées en tant qu’objets et transmises aux générations futures. Tous les jours, j’apprends avec la photographie, et je crois en son avenir.
http://ebx.sh/1PE3PVO

A lire
Le Dictionnaire de la photographie, sous la direction de Nathalie Herschdorfer, Editions de La Martinière, 202 x 307 cm, 448 pages, 75 €.

Autres ouvrages de Nathalie Herschdorfer :
Papier glacé : un siècle de photographie chez Condé Nast (Thames and Hudson, 2012)
Jours d’après : quand les photographes reviennent sur les lieux du drame (Thames & Hudson, 2011)
Construire l’image : Le Corbusier et la photographie (Textuel, 2012)
reGeneration : photographes de demain, I et II (co-écrits avec William A.Ewing, Thames & Hudson, 2005 et 2010)

dimanche 8 novembre 2015

Lettre de Frida Kahlo à Diego Rivera

 

 Frida Kahlo (6 juillet 1907 – 13 juillet 1954), artiste peintre de génie,a engendré une œuvre picturale prolifique et poignante, témoignant de la souffrance physique engendrée par sa maladie et empreinte de culture traditionnelle mexicaine. Outre ses nombreux tableaux, elle a entretenu une correspondance abondante et passionnée avec Diego Rivera, son maître et amant. Elle vécut avec lui un amour aussi ardent que tumultueux, comme en témoigne cette lettre nocturne qu’elle ne lui envoya jamais.

 

12 septembre 1939

 

"Ma nuit te cherche sans cesse" 

 

 Ma nuit est comme un grand cœur qui bat.

Il est trois heures trente du matin.
Ma nuit est sans lune.
Ma nuit a de grands yeux qui regardent fixement une lumière grise filtrer par les fenêtres.
Ma nuit pleure et l’oreiller devient humide et froid.
Ma nuit est longue et longue et longue et semble toujours s’étirer vers une fin incertaine.
Ma nuit me précipite dans ton absence.
Je te cherche, je cherche ton corps immense à côté de moi, ton souffle, ton odeur.
Ma nuit me répond : vide ; ma nuit me donne froid et solitude.
Je cherche un point de contact : ta peau. Où es-tu ? Où es-tu ?
Je me tourne dans tous les sens, l’oreiller humide, ma joue s’y colle, mes cheveux mouillés contre mes tempes.
Ce n’est pas possible que tu ne sois pas là.
Ma tête erre, mes pensées vont, viennent et s’écrasent, mon corps ne peut pas comprendre.
Mon corps te voudrait.
Mon corps, cet aléa mutilé, voudrait un moment s’oublier dans ta chaleur, mon corps appelle quelques heures de sérénité.
Ma nuit est un cœur en serpillière.
Ma nuit sait que j’aimerais te regarder, chaque courbe de ton corps, reconnaître ton visage et le caresser.
Ma nuit m’étouffe du manque de toi.
Ma nuit palpite d’amour, celui que j’essaie d’endiguer mais qui palpite dans la pénombre, dans chacune de mes fibres.
Ma nuit voudrait bien t’appeler mais elle n’a pas de voix.
Elle voudrait t’appeler pourtant et te trouver et se serrer contre toi un moment et oublier ce temps qui massacre.
Mon corps ne peut pas comprendre.
Il a autant besoin de toi que moi, peut-être qu’après tout lui et moi ne formons qu’un.
Mon corps a besoin de toi, souvent tu m’as presque guérie.
Ma nuit se creuse jusqu’à ne plus sentir la chair et le sentiment devient plus fort, plus aigu, dénué de la substance matérielle.
Ma nuit me brûle d’amour.
Il est quatre heures du matin.
Ma nuit m’épuise.
Elle sait bien que tu me manques et toute son obscurité ne suffit pas pour cacher cette évidence.
Cette évidence brille comme une lame dans le noir.
Ma nuit voudrait avoir des ailes qui voleraient jusqu’à toi, t’envelopperaient dans ton sommeil et te ramèneraient à moi.
Dans ton sommeil, tu me sentirais près de toi et tes bras m’enlaceraient sans que tu te réveilles.
Ma nuit ne porte pas conseil.
Ma nuit pense à toi, rêve éveillé.
Ma nuit s’attriste et s’égare.
Ma nuit accentue ma solitude, toutes mes solitudes.
Son silence n’entend que mes voix intérieures.
Ma nuit est longue et longue et longue.
Ma nuit aurait peur que le jour n’apparaisse jamais plus mais à la fois ma nuit craint son apparition, parce que le jour est un jour artificiel où chaque heure compte double et sans toi n’est plus vraiment vécue.
Ma nuit se demande si mon jour ne ressemble pas à ma nuit. Ce qui expliquerait pourquoi je redoute le jour aussi.
Ma nuit a envie de m’habiller et de me pousser dehors pour aller cherche mon homme.
Mais ma nuit sait que ce que l’on nomme folie, de tout ordre, sème-désordre, est interdit.
Ma nuit se demande ce qui n’est pas interdit.
Il n’est pas interdit de faire corps avec elle, ça, elle le sait. Mais elle s’offusque de voir une chair faire corps avec elle au fil de la désespérance. Une chair n’est pas faite pour épouser le néant.
Ma nuit t’aime de toute sa profondeur, et de ma profondeur elle résonne aussi.
Ma nuit se nourrit d’échos imaginaires. Elle, elle le peut. Moi. j’échoue.
Ma nuit m’observe. Son regard est lisse et se coule dans chaque chose.
Ma nuit voudrait que tu sois là pour se couler en toi aussi avec tendresse.
Ma nuit t’espère. Mon corps t’attend.
Ma nuit voudrait que tu reposes au creux de mon épaule et que je me repose au creux de la tienne.
Ma nuit voudrait être voyeur de ta jouissance et de la mienne, te voir et me voir trembler de plaisir.
Ma nuit voudrait voir nos regards et avoir nos regards chargés de désir.
Ma nuit voudrait tenir entre ses mains chaque spasme.
Ma nuit se ferait douce.
Ma nuit gémit en silence sa solitude au souvenir de toi.
Ma nuit est linge et longue et longue.
Elle perd la tête mais ne peut éloigner ton image de moi, ne peut engloutir mon désir.
Elle se meurt de ne pas te savoir là et me tue.
Ma nuit te cherche sans cesse.
Mon corps ne parvient pas à concevoir que quelques rues ou une quelconque géographie nous séparent.
Mon corps devient flou de douleur de ne pouvoir reconnaître au milieu de ma nuit ta silhouette ou ton ombre.
Mon corps voudrait t’embrasser dans ton sommeil.
Mon corps voudrait en pleine nuit dormir et dans ces ténèbres être réveillé parce que tu l’embrasserais.
Ma nuit ne connaît pas de rêve pus beau que celui-là.
Ma nuit hurle et déchire ses voiles, ma nuit se cogne à son propre silence, mais ton corps reste introuvable. Tu me manques tant. Et tes mots. Et ta couleur.
Le jour va bientôt se lever.


 http://www.deslettres.fr/lettre-de-frida-kahlo-a-diego-rivera-nuit-metouffe-manque-de-toi/